Le Rêve de Sainte Bègue

De Paul Gonze
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Sainte Bègue est désolée, désespérée. Depuis plus de cinquante ans, peu de personnes l’ont contemplée assez attentivement que pour constater l’agression dont elle a été victime : en effet des iconoclastes ont dérobé l’objet sacré qu’elle offrait à la méditation des toutes les béguines et de tous leurs béguins, trônant au-dessus de l'évangile posé grand-ouvert sur son bras gauche.

  

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Elle connait, elle, la charge symbolique de cette relique et redoute que son pouvoir quasi magique ne soit dévoyé.

Elle sait que l’église qui lui est dédiée est une des premières - et des plus belles - de style baroque flamand, à se distinguer par une façade ouvragée comme un bas-relief ; elle sait que, pour en apprécier dynamiquement les jeux de volume, il ne faut pas la découvrir de face, comme c'était le cas aux époques romane, gothique et classique, mais en l’abordant de biais ; elle sait surtout que l'architecte, désireux de maintenir l'impression d'ouverture et d'accueil liée à toute approche frontale, avait placé sur son évangile un double miniature de son édifice de manière à en polariser la thaumaturgie en direction de la rue du béguinage qui, bien que s’ouvrant sur la place du béguinage de quart profil, s’affirme - son nom le prouve - comme la rue maîtresse du quartier.

Miniature qui s'inscrivait aussi dans la continuité de ses diverses représentations comme fondatrice de l'ordre des béguines.

  

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Cependant, preuve que la mémoire des saintes aussi peut être fallacieuse, elle se demande parfois si ce n’est pas, vanitas vanitatum, un crâne qui devrait trôner sur l’évangile pour interpeller les dévotes cheminant dans la rue du Béguinage. Ou encore autre chose… ?

Son rêve, aussi intemporel que la pierre qui l’incarne, est donc que soit rétablie la relique qui tramait de liaisons subtiles voire ésotériques le tissu social, convivial de son béguinage.

Elle songe encore qu’à cette occasion la grande porte de son église, maculée par une vulgaire couche rougeâtre d’anti-rouille, retrouve la brillance satinée de la fonte agrémentée de perles de laiton qu'elle avait lors de son installation en 1859, brillance qui s'accordait délicatement aux teintes ocre et jaune de la pierre de Gobertange l'auréolant.

Elle espère même – mais que n’espère-t-on pas quand on a gardé de son enfance des goûts de princesse ?- être (ré)enchantée par le parfum de lilas blancs qui fleurissaient la rue des lilas … et qui pourraient être plantés rituellement à l’aube des nuits blanches.

Ou encore de se déshabiller pour plonger de l'autre côté du miroir?
 

L’hagiographie catholique mentionne deux Sainte Bègue. La première, Bègue (ou Begge) d’Aigremont, était une princesse irlandaise qui, pour ne pas se marier, s’enfuit d’Irlande en Angleterre où elle vécut en ermite puis fonda un monastère. La seconde, Bègge ou Bégga d’Andennes, épousa Ansegisel, fils de Saint Arnulf, évêque de Metz, et fut la mère de Pépin le Jeune. Suite à l’assassinat de son époux, elle consacra sa vie et sa fortune à Dieu et fonda l’abbaye d’Andennes.