Vendredi 2012-12-07

De Paul Gonze
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Je m’étais, il y un mois déjà, engagé (« enfin une promesse ») à vous envoyer, chaque premier vendredi du mois, une poésimage couplée avec un papowème choisi parmi les plus de 666 fichiers (chiffre apocalyptique?) téléversés dans mon wiki.

Mais, étant revenu il y a une semaine de 18 jours de vacances en Birmanie, j’ai préféré vous proposer du plus frais, même s’il faisait plus de 30 °C à Yangoon: ce cliché choisi parmi le petit millier d’instantanés (garantie de tourista médiatique à l’issue d’une prochaine soirée diapo familiale) pris par mon fils Nathan ou moi-même (par chance, mon appareil est tombé en panne après une première photo !):


L'efface de dieu avec oreille cassée p.jpg

Sans autre commentaire que son titre "Les faces de Dieu"  ou ("L'efface de Dieu") : du matériel de rêverie à l’état brut ?

Ou encore source occulte du Rêve dans l’Ombre de l’Illuminé, variante monacale du Rêve Presqu’Impossible ?


                                                    pendant trois petites minutes aux environs de minuit,

                                                                        une fois par mois lunaire,

                                                                       une nuit toutes les 28 nuits,

                                                                      toutes les lampes électriques,

                                                                     tous les projecteurs halogènes,

                                                                 tous les néons rouges, jaunes et verts,

                                                                tous les rubans de loupiotes clignotantes,

                                                                                 sont éteints


                                               dans tous les temples et dans toutes les pagodes de Birmanie


                                                                                      afin que


                                                          pendant trois longues minutes, aux environs de minuit,

                           sous la lumière bleutée de la lune, entre les lueurs tremblantes des bougies et dans le silence,

                                                                     chacun puisse avec tous les autres

                                                                               rêver ce qu’a pu ressentir

                                                                                         GAUTAMA

                                                                          quittant le palais de Kapilavastu

                                                     sur son cheval Kanthaka accompagné de son cocher Channa,

                                           les quatre gardiens célestes étouffant le galop et le hennissement de son cheval

                                                                           afin que personne ne s’aperçoive


                                                                qu’il s’en est allé sur le chemin de l’illumination.

Remarque : Un lien néanmoins pour qui espère pouvoir encore autrement rêver, voyager :

                                       https://picasaweb.google.com/100690182032251772287/ImpressionDeBirmanie

Conscient que ces plus de 36 images traduisent de manière aussi imparfaite qu’incomplète la manière dont j’ai été séduit, émerveillé par le sourire des birmans : Sourire de ceux qui n’ayant rien, sont prêts à tout donner ? Ou imprégnation millénaire du sourire du Bouddha ? Un vieux bourlingueur me disait que c’est pour cette lumière plus que pour les pagodes dorées, les lacs de montages, les plages de sable blanc qu’il revenait en Birmanie. Souhaitant que « la chose » ne soit pas « soluble » dans l’afflux de touristes aussi photomaniaques que moi.

Espoir technicolorisé par cette énigme : comment certains de ces si gentils birmans ont-ils pu se battre avec autant de sauvagerie, réduire leurs voisins en esclavage, éliminer sans scrupules, frères, cousins et compagnes pour porter une couronne en forme de temple bouddhiste... emprisonner un Prix Nobel de la Paix? Le sourire, adressé en particulier aux étranges étrangers (slogan officiel placardé par la dictature un peu partout : « warmly welcome and take care of our tourists ») ne serait-il que le couvercle d’une casserole maintenant sous haute pression toutes les frustrations d’un peuple à jamais dominé et exploité?

Car le célébré processus de démocratisation - qui excuse maintenant tant d’occidentaux à aller passer leurs vacances dans cet Orient bon marché - pourrait n’être que la métamorphose de l’oppression par leur dictature militaire locale en l’exploitation par notre système néo-libéral mondialisé. Au profit demain de plus de prostituées et de plus de mendiants (ils sont encore quasi invisibles) enfin libres de voter en faveur des quelques banquiers - anciens généraux recyclés - qui les auront rachetés ?

Autre sujet de réflexion pour le matérialiste laïc que j’ai été conditionné à être : les donations que tous les birmans, même les plus pauvres, font au profit des temples et de leurs moines bouddhistes ! Profusion de stupas et de bouddhas feuilletées d’or à côté de paillotes aux fragiles parois de palmes tressées où toute une famille travaille, cuisine et dort avec les chiens, comme des chiens dans une scandaleuse promiscuité. Pourquoi les moines si ascétiques ne redistribuent-ils pas la dime de ce qu’ils récoltent ? Pourquoi ne financent-ils pas plus d’écoles, de projets de développements ? Ne seraient-ils, comme tant d’autres intercesseurs autoproclamés du Très-Haut, que pourvoyeurs d’opium pour le peuple ? Conscients que pour les maintenir dans une ignorante dépendance, rien n’est plus vendable que d'offrir l’illusion - à qui se sent, se sait misérable, humain - de pouvoir effleurer l’infini, le divin? Et pourtant... reste le sourire!

Et tant d'autres choses encore que je voudrais encore exprimer, partager.

Sur la débauche de couleurs chez les marchands du temple, dans l’épicerie du coin, sur les nouveaux immeubles, dans le jeu des leds clignotants et multicolores auréolant les bouddhas, débauche que je me plais à apparenter au barbouillage du Parthénon par des grecs moins classiques et sages que ce qu’on m'a fait gober...

Sur la poudre jaune de l’arbre tanaka dont les femmes et les enfants et les hommes de là-bas s’enduisent (tatouage éphémère) les joues avec un autre naturel que celui des belles de chez nous se beurrant les lèvres

Sur le plaisir de courir tête nue et folle sous la pluie tiède de la mousson comme quand j'étais gamin au Katanga...