Déja vendredi? Encore vendredi !

De Paul Gonze
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                                                                                                     Apparent rari nantens in gurgite vasto

                                                                                                                                       Enéide, Virgile


… encore une bouteille à la mer, des centaines de bouteilles à la mer, dont celle-ci que vous allez… Vendredi ne savait ni lire ni écrire. Qu’aurait-il donc fait s’il avait trouvé l’une des milliers de bouteilles jetées par l’un de ses innombrables semblables, naufragés perdus comme lui au sein de l’immense océan ? Et vous qui savez lire et écrire et vous perdez ailleurs?

Auriez-vous souri en constatant que le message qui y avait été confié était coloré par les restes de vin que ce dernier avait mieux fait de boire ? Et qu’en est-il, qu’en sera-t-il des autres bouteilles ? Chaloupant avec quelques une de ses semblables de plastique au milieu des milliers de kilomètres carrés de déchets stagnant au cœur du Pacifique, sur une des plages du septième continent? Coulant, mal embouchée, dans les profondeurs noirâtres des abysses océaniques? S’ensablant au fond de quelque crique déserte bordant les déserts du Kalahari ou de Tasmanie ? Ou spiralant vers quelques mythiques maelströms pour y tourbillonner de plus en plus follement puis disparaitre et … Cette dernière hypothèse devrait plaire à Borges, bibliothécaire aveugle songeant à tous les livres, à toutes les phrases, à tous les mots, à toutes les voyelles et consonnes en attente d’être lues pour être oubliées. Elle me plait aussi à moi qui me rend compte que cette obsession d’être avalé par le néant sous-tend, a toujours sous-tendu toute mon activité onirique, depuis le sigle de Tout jusqu’à plusieurs de mes dernières poésimages.