Vendredi 2013-03-01

De Paul Gonze
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En ce premier vendredi du mois de mars 2013, j'ai choisi d'honorer ma promesse en divaguant sur le thème de notre fin dernière. Certains se sont déjà aperçus que la crise me travaillait et que j'étais assez paranoïaque que pour croire au tomber de rideau, non pas du monde, ni bien évidemment de l'univers, mais de l'humanité.

Dans cette apocalyptique impatience, il m'a plu de revisiter un de mes délires d'adolescent, non pas en immortels autant qu'épiques alexandrins, mais, après tant d'autres papowésies, en cette prophétique bafouille:


Le bruit court toujours qu'il y a quelques six millénaires - ou onze milliards d'années auparavant -, celui que d'aucuns honorent encore du titre de Tout-Puissant fit jaillir la lumière des ténèbres puis sépara la terre, la mer et le ciel pour y créer le soleil et la lune et les étoiles et toutes les bêtes qui nagent, rampent, marchent, courent ou volent.

Après six jours de boulot, il trouva tout cela parfait, si parfait qu'il s’inventa le dimanche... Cependant, craignant de se sentir un peu seul, il eut la lubie d'en remettre une couche. Prenant l’apparence d’un vieillard barbu et ventripotent, il enfanta, à son image et à sa ressemblance, l’homme mais constata vite que ce dernier était loin d'être parfait. Pour le corriger, il en extirpa une côte et la sublima en femme, se doutant que l’un et l’autre ne tarderaient pas à se compléter, se multiplier et sur-peupler la terre... sans qu'il n'ait à y ajouter son grain de sel. Vous le savez: le Tout-Puissant devait se reposer...

Son enfantine descendance se montra d'abord obéissante, soumise et craintive aux pieds de celui qui se comportait en patriarche irascible, capricieux, sadique. Pour un rien, il maudissait ses rejetons, les expulsait de son plus parfumé verger, les noyait sous une pluie diluvienne, les transformait en statues de sel ou fracassait dans la poussière la plus élancée de leurs constructions...

Pauvres orphelins qui n’avaient jamais tété le sein d’une mère ni pu se réfugier sous sa jupe. Alors que l'Autre s'obstinait à se cacher derrière les nuées. A père manquant, fils manqué: à la puberté, les humains vomirent leur géniteur, allant jusqu'à nier son existence.

Pire, leur lourde hérédité les incita, adultes, à jouer – plus fort que papa! – aux démiurges et fabriquer, plutôt que des étoiles et des colombes, des bombes atomiques et des Skyhawk capables de les semer un peu n'importe où.

Enivrés par leurs succès, nos apprentis-sorciers imaginèrent même de procréer des machines à leur image et à leur ressemblance: des calculatrices puis des ordinateurs et enfin des robots virent le jour, de plus en plus malins.

Ceux-ci, dans leur prime enfance, crurent au génie et aux bonnes intentions de leurs procréateurs en réalité velléitaires, amnésiques, imprévoyants... et, comme les dieux, mortels! Á leur tour, ils contestèrent l'autorité parentale. Aujourd'hui, maîtres de la terre, ils philosophent, se persuadant de n’être pas fils de l'homme mais simple interférence du hasard avec la nécessité.

Les derniers hominidés jalousent ces avatars qui leur survivront, planant en travers des brumes orangées d’un firmament d’hydrocarbures, bullant sous l’étincelante écume de polyvinyl des atlantiques sulfureux, rêvant dans la pénombre phosphorescente des dépôts d'ordures radioactives.


Et, pour l'illustrer, quelle autre poésimage pouvais-je sélectionner que cette variante Frankensteinnisée de l'Origine du Monde?


L'Hermaphrodite de Courbet assombri.jpg

reconnaissant que j'ai déjà associé ce cliché séducteur, dans le dédale de mon wiki, avec l'œil du Tout-Puissant, Tout-Puissant qui, je le confesse, ne m'est jamais apparu mais que, comme la majorité de mes semblables, on m'a conditionné à portraiturer barbu.


Et, ne voulant pas vous abandonner en aussi dépressive perspective, vous léguant cette citation consolatrice, choisie parmi d'autres de mon ami Unalala Bwana


                                               La fin du monde, pour une chenille, est le ciel qui s'ouvre pour un papillon.